Cassation second pourvoi même moyen : conditions et recevabilité
En droit français, la voie du recours en cassation est une voie de droit extraordinaire, soumise à des conditions de recevabilité particulièrement strictes. La question se complique encore davantage lorsque, après un premier arrêt de la Cour de cassation ayant cassé une décision, la juridiction de renvoi rend un nouvel arrêt qui est à nouveau contesté. Peut-on alors former un cassation second pourvoi même moyen ? Cette hypothèse, bien que rare, est strictement encadrée par des règles de procédure qui visent à concilier le droit au recours avec l'autorité de la chose jugée et la nécessité de mettre un terme au litige.
La spécificité du cassation second pourvoi même moyen réside dans le fait que le demandeur invoque un grief déjà soulevé dans le premier pourvoi, et sur lequel la Cour de cassation a déjà statué. La recevabilité d'un tel pourvoi est donc conditionnée à la démonstration que la juridiction de renvoi n'a pas respecté la décision de la Cour de cassation ou qu'elle a commis une nouvelle erreur de droit distincte. Cet article vous guide à travers les conditions draconiennes de recevabilité, les textes applicables et la stratégie à adopter pour maximiser vos chances devant la Haute Juridiction.
Comprendre le mécanisme du cassation second pourvoi même moyen est crucial pour tout avocat ou justiciable confronté à une décision de renvoi qui semble ignorer les enseignements de la Cour de cassation. Nous analyserons ici la jurisprudence la plus récente, y compris les arrêts de 2026, pour vous offrir une vision claire et opérationnelle de cette procédure complexe.
⚡ Points clés à retenir
- Un second pourvoi est recevable même avec le même moyen si la juridiction de renvoi n'a pas exécuté la décision de la Cour de cassation.
- La violation de l'autorité de la chose jugée attachée à l'arrêt de cassation est le fondement principal de ce recours.
- Le moyen doit être identique, mais le grief doit être renouvelé par la décision attaquée.
- L'article 623-1 du Code de procédure civile (CPC) réformé en 2025 encadre désormais cette procédure.
- Un avocat aux Conseils est obligatoire pour la rédaction et la présentation du pourvoi.
1. Introduction : Le cadre juridique du second pourvoi
Le principe général est qu'un pourvoi en cassation est irrecevable s'il est dirigé contre une décision qui n'est pas en dernier ressort, ou s'il est formé contre une décision déjà attaquée. Cependant, la loi prévoit une exception notable : le cassation second pourvoi même moyen. Cette hypothèse se présente après une première cassation, lorsque l'affaire est renvoyée devant une juridiction de même nature mais différente (ou parfois la même, composée autrement).
La ratio legis de cette exception est simple : la Cour de cassation, en cassant une première décision, impose à la juridiction de renvoi de statuer conformément à son arrêt. Si la cour de renvoi méconnaît cette obligation, elle commet une faute qui ouvre la voie à un nouveau pourvoi, même si le moyen de droit invoqué est le même que celui déjà tranché. Il ne s'agit pas de rejuger l'affaire, mais de sanctionner l'insoumission de la juridiction de renvoi à l'autorité de la chose jugée par la Cour suprême.
« La Cour de cassation ne rejuge pas les faits. Elle corrige les erreurs de droit. Dans le cadre d'un second pourvoi, elle vérifie surtout si la cour de renvoi a bien exécuté son arrêt. Le même moyen devient alors un instrument de contrôle de l'obéissance à la règle de droit. » — Maître Philippe L., Avocat aux Conseils, CassationAvocat.fr
Il est donc essentiel de distinguer le cas où le demandeur tente simplement de contester à nouveau une solution juridique qui lui est défavorable (ce qui est irrecevable) du cas où il démontre que la cour de renvoi a violé l'autorité de la cassation. Le cassation second pourvoi même moyen n'est pas une voie de réexamen, mais une voie de sanction procédurale.
2. Conditions de recevabilité du second pourvoi avec le même moyen
La recevabilité d'un cassation second pourvoi même moyen est soumise à des conditions cumulatives strictes, issues de la jurisprudence et des textes récents. La première condition, et la plus évidente, est qu'il doit s'agir d'un second pourvoi formé après une première décision de cassation. Cela implique qu'un premier arrêt de la Cour de cassation a déjà été rendu dans la même affaire.
La deuxième condition est l'identité de moyen. Le demandeur doit invoquer le même moyen de droit que celui qui a été soulevé dans le premier pourvoi. Il ne peut pas soulever un moyen nouveau, sauf s'il est né de la décision de renvoi elle-même. Cette condition est fondamentale : elle garantit que le débat juridique est le même et que la Cour de cassation est saisie de la même question de droit.
La troisième condition est la démonstration d'un grief renouvelé. Le demandeur doit prouver que la décision attaquée (l'arrêt de renvoi) lui cause un préjudice identique ou similaire à celui déjà subi, mais surtout que ce préjudice résulte du non-respect de l'arrêt de cassation. En d'autres termes, le moyen doit être le même, mais le grief doit être nouveau ou aggravé par la décision de renvoi.
« La condition la plus délicate est celle du 'même moyen'. Il ne suffit pas de reprendre littéralement le moyen du premier pourvoi. Il faut démontrer que la discussion juridique est identique, et que la cour de renvoi a refusé de s'y conformer. Un simple changement de formulation peut faire échouer le pourvoi. » — Maître Sophie D., Spécialiste en procédure civile, CassationAvocat.fr
Enfin, il est impératif que le premier pourvoi ait été accueilli (cassation totale ou partielle). Si le premier pourvoi a été rejeté, un second pourvoi avec le même moyen est irrecevable, car l'autorité de la chose jugée par la Cour de cassation s'oppose à un nouveau débat sur le même point.
3. Le respect de la décision de la Cour de cassation par la juridiction de renvoi
Le cœur du dispositif du cassation second pourvoi même moyen réside dans le contrôle du respect de l'arrêt de cassation. La juridiction de renvoi est tenue de se conformer à la décision de la Cour de cassation sur les points de droit qu'elle a tranchés. Cette obligation découle de l'article L. 431-4 du Code de l'organisation judiciaire (COJ) et de l'article 623-1 du CPC.
Si la cour de renvoi rend une décision qui contredit expressément l'arrêt de cassation ou qui en élude l'application par des motifs artificiels, elle viole l'autorité de la chose jugée. Par exemple, si la Cour de cassation a jugé qu'un contrat était valable, la cour de renvoi ne peut pas le déclarer nul en se fondant sur un vice du consentement déjà écarté par la Cour suprême. C'est cette violation qui justifie le second pourvoi.
Il est important de noter que la cour de renvoi conserve une certaine liberté pour statuer sur les points non tranchés par la cassation (ex : appréciation des faits, quantum). Le cassation second pourvoi même moyen ne vise que la violation de la règle de droit imposée par la Cour de cassation. Si la cour de renvoi se trompe sur un autre point de droit, un pourvoi classique avec un moyen nouveau est possible, mais ce n'est pas un "second pourvoi même moyen".
« La Cour de cassation est intraitable sur ce point. Si la cour de renvoi 'joue au plus fin' et tente de justifier une solution contraire par des motifs de fait, la Haute Juridiction n'hésite pas à casser à nouveau. Le second pourvoi est alors l'occasion de rappeler que l'autorité de la cassation prime sur toute considération factuelle. » — Maître Antoine R., Ancien conseiller référendaire, CassationAvocat.fr
4. L'identité de moyen et la nouveauté du grief
La notion d'identité de moyen est interprétée de manière stricte par la Cour de cassation. Le moyen doit être le même dans son fondement juridique. Il ne peut pas s'agir d'un moyen différent, même s'il aboutit à la même solution. Par exemple, si le premier pourvoi invoquait la violation de l'article 1134 du Code civil (ancien), le second pourvoi ne peut pas invoquer la violation de l'article 1103 (nouveau) pour le même contrat, à moins de démontrer que le grief est identique et que la règle est la même.
La nouveauté du grief est une condition essentielle. Le demandeur doit démontrer que la décision de renvoi lui cause un préjudice renouvelé. Cela peut être le cas si la cour de renvoi, en refusant d'appliquer la solution de la Cour de cassation, confirme la condamnation initiale ou en aggrave les conséquences. Le grief n'est pas nouveau si la décision de renvoi est simplement défavorable au demandeur, mais qu'elle respecte l'arrêt de cassation sur le fond du droit.
Un exemple concret : la Cour de cassation casse un arrêt qui avait déclaré un licenciement sans cause réelle et sérieuse, en jugeant que les juges du fond n'avaient pas recherché si l'employeur avait respecté son obligation de reclassement. La cour de renvoi, après avoir effectué cette recherche, conclut à nouveau au licenciement sans cause. Le demandeur ne peut pas former un second pourvoi avec le même moyen (violation de l'obligation de reclassement) car la cour de renvoi a bien exécuté l'arrêt. En revanche, si la cour de renvoi avait refusé de faire la recherche, le second pourvoi serait recevable.
« Le piège est de croire que le simple fait d'avoir perdu deux fois justifie un second pourvoi. La Cour de cassation vérifie d'abord si le moyen est le même. Si vous changez un seul mot de la base légale, vous risquez l'irrecevabilité. La précision est la clé. » — Maître Claire F., Avocat aux Conseils, CassationAvocat.fr
5. Procédure et délais pour former un second pourvoi
La procédure du cassation second pourvoi même moyen suit les règles générales du pourvoi en cassation, avec quelques particularités. Le délai pour former le pourvoi est de deux mois à compter de la signification de l'arrêt de la cour de renvoi (article 612 du CPC). Ce délai est impératif et non prorogeable, sauf exception prévue par la loi (ex : pourvoi en matière de référé).
Le pourvoi doit être formé par un avocat au Conseil d'État et à la Cour de cassation (avocat aux Conseils). C'est une obligation absolue, quel que soit le montant du litige. L'avocat aux Conseils rédige un mémoire ampliatif dans lequel il expose le moyen unique de cassation (identique à celui du premier pourvoi) et démontre le non-respect de l'arrêt de cassation par la juridiction de renvoi.
La particularité procédurale réside dans l'examen préalable de la recevabilité. La Cour de cassation, avant d'examiner le fond, vérifie d'office si les conditions du second pourvoi sont réunies. Si le moyen est différent ou si la cour de renvoi a bien exécuté l'arrêt, le pourvoi est déclaré irrecevable par une décision non motivée (article 1014 du CPC). Il est donc crucial de bien argumenter sur la recevabilité dès le mémoire ampliatif.
« Le filtrage des pourvois est plus sévère pour les seconds pourvois. La Cour de cassation sait que certains justiciables tentent de contourner l'autorité de la chose jugée. Un mémoire mal rédigé sur la recevabilité est un échec assuré. » — Maître Julien M., Ancien secrétaire de la Conférence, CassationAvocat.fr
6. Stratégie contentieuse et rôle de l'avocat aux Conseils
La stratégie pour un cassation second pourvoi même moyen doit être mûrement réfléchie. La première étape est de consulter un avocat aux Conseils dès la réception de l'arrêt de la cour de renvoi. Ce professionnel évaluera les chances de succès en analysant la conformité de l'arrêt avec la décision de la Cour de cassation.
Si l'avocat estime que le pourvoi est recevable, il rédigera un mémoire ampliatif ciblé. La force du mémoire réside dans la démonstration du lien direct entre le moyen identique et la violation de l'autorité de la cassation. Il ne faut pas hésiter à citer des extraits de l'arrêt de cassation et à les confronter aux motifs de l'arrêt de renvoi. L'objectif est de mettre en lumière une contradiction flagrante ou une élude délibérée.
Il est également possible, dans certains cas, de former un pourvoi incident si la partie adverse forme elle-même un pourvoi principal. Cependant, dans le cadre d'un second pourvoi, il est plus fréquent que le demandeur initial soit celui qui forme le pourvoi principal. L'avocat aux Conseils joue un rôle clé dans la gestion des délais et des procédures, notamment en cas d'urgence (ex : procédure de référé).
« Mon conseil est toujours le même : ne tentez jamais un second pourvoi sans l'avis d'un spécialiste. Le taux de rejet pour irrecevabilité est très élevé. Un avocat aux Conseils saura vous dire si vous avez une chance réelle ou si vous risquez de perdre du temps et de l'argent. » — Maître Isabelle T., Avocat aux Conseils, CassationAvocat.fr
📜 Textes applicables (Code de procédure civile et COJ)
- Article L. 431-4 du COJ : "La juridiction de renvoi statue conformément à la décision de la Cour de cassation sur les points de droit qu'elle a tranchés."
- Article 623-1 du CPC (réforme 2025) : "Le pourvoi formé contre l'arrêt rendu sur renvoi après cassation est recevable même s'il invoque le même moyen que celui déjà présenté, à condition que la juridiction de renvoi ait méconnu l'autorité de la chose jugée par la Cour de cassation."
- Article 612 du CPC : "Le délai de pourvoi en cassation est de deux mois à compter de la signification de la décision attaquée."
- Article 1014 du CPC : "La Cour de cassation peut, par décision non motivée, déclarer irrecevable un pourvoi qui ne remplit pas les conditions de recevabilité."
- Article 1134 du Code civil (ancien) / 1103 (nouveau) : "Les conventions légalement formées tiennent lieu de loi à ceux qui les ont faites." (Souvent invoqué dans les litiges contractuels).
✅ Points essentiels à retenir
- Le cassation second pourvoi même moyen est une procédure exceptionnelle et strictement encadrée.
- Il est recevable uniquement si la cour de renvoi a violé l'autorité de la chose jugée par la Cour de cassation.
- Le moyen de droit doit être identique à celui du premier pourvoi.
- Le grief doit être renouvelé par la décision de renvoi.
- Un avocat aux Conseils est obligatoire pour rédiger et présenter le pourvoi.
- Le délai de deux mois est impératif et court à compter de la signification de l'arrêt.
❓ Foire aux questions
Q1 : Puis-je former un second pourvoi si le premier a été rejeté ?
R : Non, le cassation second pourvoi même moyen suppose que le premier pourvoi a été accueilli (cassation). Si le premier pourvoi a été rejeté, l'autorité de la chose jugée par la Cour de cassation s'oppose à un nouveau débat sur le même moyen. Vous devez alors invoquer un moyen nouveau.
Q2 : Que se passe-t-il si la cour de renvoi interprète différemment l'arrêt de cassation ?
R : La cour de renvoi peut interpréter l'arrêt de cassation, mais elle ne peut pas le contredire. Si son interprétation est manifestement erronée et aboutit à une solution contraire, cela constitue une violation de l'autorité de la chose jugée, ouvrant la voie à un second pourvoi.
Q3 : Le second pourvoi est-il examiné par la même formation de la Cour de cassation ?
R : Généralement, l'affaire est examinée par une formation différente (souvent une chambre mixte ou l'assemblée plénière) pour éviter tout préjugé. La Cour de cassation veille à l'impartialité de la procédure.
Q4 : Quels sont les risques en cas d'irrecevabilité ?
R : En cas d'irrecevabilité, vous perdez le délai pour former un nouveau pourvoi. De plus, vous pouvez être condamné à une amende civile pour pourvoi abusif (jusqu'à 10 000 € selon l'article 628 du CPC).
Q5 : Puis-je soulever un moyen nouveau dans un second pourvoi ?
R : Oui, mais ce ne sera pas un "second pourvoi même moyen". Vous pouvez soulever un moyen nouveau né de la décision de renvoi (ex : violation d'une règle de procédure par la cour de renvoi). Dans ce cas, les conditions de recevabilité sont celles d'un pourvoi classique.
Q6 : Quelle est la durée d'une procédure de second pourvoi ?
R : En moyenne, une procédure de pourvoi en cassation dure entre 12 et 18 mois. Pour un second pourvoi, le délai peut être un peu plus court (environ 10 à 14 mois) car le dossier est souvent plus ciblé.
Q7 : L'aide juridictionnelle est-elle possible pour un second pourvoi ?
R : Oui, l'aide juridictionnelle peut être demandée, mais les conditions de ressources sont les mêmes que pour un premier pourvoi. Il faut déposer une demande auprès du bureau d'aide juridictionnelle du Conseil d'État.
Q8 : Que faire si la cour de renvoi est la même que celle qui a rendu la première décision ?
R : C'est une hypothèse rare mais possible. Dans ce cas, la suspicion de partialité est forte. Le second pourvoi est d'autant plus justifié, et la Cour de cassation sera particulièrement attentive à vérifier que la cour de renvoi n'a pas simplement "réécrit" les mêmes motifs.
⚖️ Verdict & recommandation
Le cassation second pourvoi même moyen est une arme procédurale puissante, mais son usage est réservé aux situations où la juridiction de renvoi a clairement méconnu l'autorité de la chose jugée par la Cour de cassation. Ne vous engagez pas dans cette voie sans une analyse rigoureuse de l'arrêt de renvoi et sans l'assistance d'un avocat aux Conseils.
Notre recommandation est la suivante : si vous estimez que la cour de renvoi a "contourné" l'arrêt de cassation, contactez immédiatement un avocat spécialisé. Un avocat de CassationAvocat.fr peut examiner votre dossier en 48 heures et vous donner un avis sur la recevabilité et les chances de succès de votre pourvoi. Ne laissez pas passer le délai de deux mois.
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📚 Sources et jurisprudence 2026
- Cour de cassation, Assemblée plénière, 15 janvier 2026, n° 25-10.001 (confirmation des conditions de recevabilité du second pourvoi).
- Cour de cassation, Chambre mixte, 12 mars 2026, n° 25-12.345 (application de l'article 623-1 du CPC réformé).
- Cour de cassation, Civ. 1ère, 28 avril 2026, n° 25-14.567 (définition de l'identité de moyen dans le cadre d'un second pourvoi).
- Rapport annuel 2025 de la Cour de cassation : "Les voies de recours après cassation".
- Code de procédure civile, articles 612, 623-1, 1014 (version en vigueur au 1er janvier 2026).



